Résumé de la conférence de M. Pierre MAUDET, conseiller d’Etat Genève, Hôtel Intercontinental, Genève le jeudi 17 septembre 2020

Les véritables enjeux de la crise COVID-19 en matière d’emploi et de réformes

Cette crise a une dimension sanitaire, c’est le premier choc, le deuxième choc est financier et le troisième est économique. Nous sommes seulement au début de cette dimension économique et une quatrième phase se profile déjà, la crise sociale. Elle aura des coûts très importants, notamment au niveau du chômage. Lors des six derniers mois le gouvernement a dû déterminer, dans un brouillard assez épais, où et comment l’État pouvait aider les entreprises. Nous avons opéré de façon massive, tous azimuts, sans trop pouvoir cibler notre aide. C’est le cas avec les prêts Covid, destinés à compenser le trou d’air provoqué par la crise au sein des sociétés. Le second mécanisme, le chômage partiel (RHT), a permis de conserver la substance des entreprises et de garder l’outil de production. Pour le canton de Genève, qui compte 320 000 emplois privés, les RHT ont concerné plus de 50% des emplois. Nous avons donc injecté massivement des fonds pour aider les sociétés à passer ce cap. Ce mécanisme, qui a le défaut de ne pas tenir compte de certaines situations particulières, s’est néanmoins révélé très efficace.

Mais la crise économique a généré une perte de confiance qu’il est difficile de contrer. Face à un avenir incertain, les consommateurs ont réduit leurs dépenses, notamment sur des produits chers, comme les voitures. Pour l’offre, la difficulté c’est de l’adapter, notamment avec l’explosion de la demande des achats sur Internet. Depuis la réouverture des commerces, on observe des situations très différentes. Si les librairies ont bénéficié d’une forte reprise des ventes, ce n’est pas le cas, par exemple, des opticiens. Pour les restaurateurs, ceux qui avaient déjà lancé une logique de ventes à l’emporter avec livraison à domicile s’en sortent moins mal que les autres. Il est donc difficile pour nous de comprendre les nouveaux mécanismes de consommation. Comment l’État peut faciliter cette transition numérique pour des secteurs qui tôt ou tard devront faire ce pas ? Nous sommes dans une phase de rebond. Il s’agit d’agir de façon ciblée, sans être trop intrusif, pour adapter ces business-model. J’estime qu’au niveau fiscal, on doit pouvoir suspendre pendant deux ou trois ans, l’imposition de la fortune commerciale des entrepreneurs. Nous travaillons aussi sur de nouveaux produits financiers. Un prêt est un boulet pour une PME. L’idée serait de convertir ces prêts en des incitations. Concrètement, un apprenti coûte environ 5000 francs par an à un entrepreneur. On pourrait accepter une compensation de créance à condition que la société engage un apprenti. Ainsi, un prêt de 15 000 francs serait compensé par l’engagement d’un apprenti pendant 3 ans. Ces idées devront déboucher sur des décisions concrètes dès cet automne. Il faut donc définir comment absorber au mieux cette période difficile via des incitations fiscales, administratives, liées au développement durable, à l’apprentissage, etc.

À plus long terme, il faut penser à la relance. Le phénomène du télétravail a pris des proportions énormes à des effets indirects importants. Ainsi, une société de trading du centre-ville avec 650 employés a constaté qu’elle pouvait réduire les personnes nécessaires dans ses bureaux à 22%. À long terme, elle pourrait se passer de 65% des surfaces actuellement louées sans affecter le rendement de l’entreprise. Pour elle, cela signifie d’importantes économies de loyer mais pour les restaurateurs et tous les commerces de la zone cela induit une forte baisse de clients. Cet élément va aussi avoir un impact majeur sur les surfaces commerciales disponibles. Actuellement il y a environ 400 000 m2 de locaux commerciaux libres dans le canton. Par ailleurs, le poids et l’efficience des fonctionnaires sont aussi à revoir. Le pouvoir politique doit donc anticiper les futurs changements qui vont bouleverser notre façon de vivre et rassurer sur la capacité de l’État à prendre ce virage et à rebondir en tenant compte des transformations qui nous attendent.

 

(résumé Luigino Canal)

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