Résumé de la conférence de Monsieur Patrick ODIER, Associé-gérant senior Groupe Lombard Odier,
Hôtel Intercontinental, Tribune du MCEI Genève, le 27 février 2020

Le rôle crucial à jouer par les intermédiaires financiers dans l’évolution vers la durabilité

Avec environ 300 milliards de francs sous gestion, Lombard Odier, dont les origines remontent à 1796, accorde une grande attention au développement durable depuis de nombreuses années. Nous pensons que les investissements durables et responsables seront le moteur des rendements en matière de gestion de portefeuille. Nous avons récemment reçu la certification B Corp, qui démontre notre leadership et notre engagement en matière de durabilité parmi les gestionnaires de fortune. La pensée durable tient une grande place dans notre histoire. Elle est l’un des fondements sur lesquels notre groupe bancaire familial s’est construit et c’est en grande partie à elle que nous devons notre pérennité et notre solidité. Déjà en 1860, Lombard Odier a été à l’origine d’une première campagne de financement de ce qui allait devenir le CICR. Une relation qui s’est poursuivie au fil du temps. Il y a deux ans nous avons émis une «obligation humanitaire» qui permet de créer des passerelles entre les capitaux privés et publics pour financer des projets humanitaires tout en engendrant un rendement. L’investissement durable est simplement un investissement judicieux. Il doit avoir un rendement comme n’importe quel autre investissement. Nous nous intéressons notamment aux grandes organisations internationales qui sont très présentes à Genève.

Dans les années 1990, nous avons constaté que les investisseurs recherchaient de plus en plus des produits d’investissement durables et éthiques. Les clients souhaitaient notamment mieux comprendre la gouvernance des sociétés dans lesquelles ils investissaient. Nous avons donc développé nos propres méthodologies d’investissement durable. Et désormais nous avons intégré la durabilité à l’ensemble de nos processus d’investissement, car nous sommes convaincus que les investissements durables dégageront de meilleurs rendements de portefeuille à moyen terme. L’investissement durable ne se limite pas aux produits : c’est une véritable philosophie. Pour l’investissement durable, il est crucial de cerner les aspects qualitatifs, et pas seulement quantitatifs, d’une entreprise ou d’un émetteur.

Le terme de «neutralité carbone» est aujourd’hui très présent. Cet objectif de neutralité d’ici 2050 ne va pas de soi. Toute activité économique va devoir éliminer tous les dommages qu’elle crée en terme d’émission de gaz à effet de serre. Pour cela, il faut prendre des mesures dès maintenant. Tous les secteurs sont concernés. Le modèle économique actuel gaspille beaucoup de ressources naturelles. Ainsi, 82% de la durée de vie d’une voiture n’est pas utilisé. Notre véhicule est plus souvent à l’arrêt qu’en fonction. Il en va de même pour les bureaux dont l’espace n’est utilisé que partiellement. Nous vivons dans un environnement de gaspillage et d’inutilisation avec des disparités énormes. Aujourd’hui, il est presque impossible pour une personne pauvre de sortir de son milieu. L’ascenseur social est quasiment en panne.

Il nous faut aller vers un monde propre, avec une économie circulaire qui recycle ce que l’on gaspille. Une tonne de gaspillage électronique vaut plus qu’une tonne d’or. Il faut plus partager les actifs qui sont sous-utilisés. Le consommateur fait de plus en plus des choix durables, par exemple en n’achetant pas de voiture ou en privilégiant les produits respectueux de l’environnement. Dans ce contexte le secteur financier joue un rôle important selon la façon dont il alloue le capital. Désormais même les banques centrales considèrent que le changement climatique doit être pris en compte par les acteurs du secteur financiers. Les risques des investissements dans des secteurs non durables sont devenus des facteurs important lors d’une prise de décision. Le rôle d’une banque comme la notre c’est de comprendre comment ses investissements vont influer sur le comportement des acteurs mondiaux et des consommateurs.

Il faut désormais comprendre ce que font les sociétés. Compte tenu de l’ampleur et du rythme de la révolution durable, nos processus doivent identifier les modèles d’affaires les plus adaptés face à l’évolution économique. Certaines sociétés risquent de disparaître car le consommateur va progressivement les délaissés aux profits de celles qui auront intégrés le développement durable dans leurs processus. Sur une palette de 15 000 sociétés qui peuvent figurer dans le choix d’un gérant de fortune professionnel, il y a environ 700 qui offrent des opportunités dans le cadre du développement durable. Pour faire le bon choix il faut suivre attentivement l’évolution et la stratégie des entreprises. Ainsi, par exemple, certains leaders de l’automobile ont compris les grands paradigmes qui changent l’industrie. Le secteur énergétique aussi est en pleine phase de transition. Une entreprise est toujours susceptible de faire des erreurs. La question est de savoir si elle les reconnaît pour éviter de les répéter dans le futur. Par ailleurs, les obligations vertes, qui représentent actuellement un faible pourcentage du marché, sont en fort développement.

 

(Résumé Luigino Canal)

 

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