Résumé de la conférence de Monsieur Denis Etienne, Président du Club Suisse de la Presse, Au Crown Plaza Geneva le jeudi 15 octobre 2020.

Aide à la presse, une nécessité dangereuse?

La mission la plus dure de mon poste consiste à trouver le bon directeur. Après Guy Mettan, c’est Pierre Ruetschi qui a pris cette fonction en 2019. À la fin du siècle passé, la presse a vécu de très belles années. L’argent n’était pas vraiment un problème. Beaucoup de choses ont changé. Des médias ont disparu (L’Hebdo, le Matin) et l’état d’esprit des grands éditeurs s’est modifié. Pour des raisons philosophiques, ils ne voulaient pas d’aide directe de l’État. Lorsqu’il y a eu une baisse de la publicité dans les années 2000, la tendance s’est renversée et une aide indirecte était la bienvenue. La Confédération subventionnait la Poste qui diminuait le prix de distribution des journaux. Le basculement s’est opéré lors de la votation No Billag. Un consensus est apparu pour estimer que la presse est un instrument de la démocratie et un service public comme la télévision et la radio. Diverses études montrent que plus il existe de médias locaux, plus le taux de participation aux votations est élevé. Lorsque les médias disparaissent au niveau régional, la gestion économique des entités locales devient catastrophique. Le soutien à la presse suisse était décidé au sein du gouvernement fédéral mais le projet s’est enlisé au Parlement et il est actuellement renvoyé en Commission. Le projet devrait renaître dans le débat parlementaire ces prochains mois. En octobre 2019, un sauveur est apparu, la Fondation Aventinus. Présidée par l’ancien président du Conseil d’État de Genève, François Longchamp, elle bénéficie du soutien financier de la Fondation Hans Wilsdorf (Rolex) à Genève, de la Fondation Leenaards à Lausanne et de la Fondation Jan Michalski. Des dizaines de millions sont là pour aider la presse de qualité. Le rachat du «Temps» est dans l’air depuis quelques mois, le prix convenu était de 5 millions, puis le vendeur, Ringier Axel Springer, a demandé à Aventinus de reprendre aussi les dettes qui seraient plus grandes que le prix de vente. Les transactions continuent. Divers scénarios sont sur la table, «Le Temps» pourrait devenir uniquement «online» avec une édition papier le samedi.

Ce rachat est-il dangereux pour la presse ? À Fribourg, la banque cantonale et une société qui produit de l’électricité ont racheté «La Liberté». Comment la rédaction pourra informer sur ces entreprises si elles ont des problèmes ? Il y a toujours un danger. Qu’en est-il d’Aventinus et du Temps ? La rédaction sera à Genève et cela sera un concurrent direct de la «Tribune de Genève». En plus, Eric Hoesli, qui dirigera le conseil d’administration de la future entreprise est en procès avec Tamedia (éditeur de la «Tribune de Genève») pour des articles écrits à son sujet. Signalons enfin la venue en Romandie, prévue pour 2021, de Blick.ch et de Watson.ch. Cette arrivée est motivée par des considérations publicitaires. Les annonceurs veulent une présence nationale. La pandémie a fait exploser le nombre de lecteurs et surtout le taux de conversion, à savoir les personnes qui payent pour lire les articles.

Résumé Luigino Canal

PS
Le 3 novembre la Fondation Aventinus a racheté «Le Temps» et le site Heidi.news.

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